• Des scientifiques du monde entier se penchent sur une «cicatrice d’étoile»

    Des scientifiques du monde entier se penchent sur une «cicatrice d’étoile»

    Depuis début septembre les habitants de Rochechouart, près de Limoges dans le centre-ouest de la France, cohabitent avec un engin inhabituel: une foreuse troue leur sol comme un gruyère pour en remonter des carottes de roche qui attisent la curiosité de l’élite scientifique internationale.

    Car Rochechouart (3800 habitants) est bâti sur l’unique astroblème de France. « Un astroblème, qui signifie littéralement +cicatrice d’étoile+, est le nom que l’on donne aux traces laissées par un impact météoritique majeur », décrypte Philippe Lambert, astrogéologue.

    « Vous avez une pépite sous les pieds! », s’était enthousiasmé lors d’une visite à Rochechouart en 2011 l’astrophysicien canadien Hubert Reeves, qui parraine le projet. Une cinquantaine de demandes d’études sur les prélèvements rocheux ont déjà été déposées par des chercheurs d’une douzaine de pays, la crème des géologues, planétologues et exobiologistes.

    Spécialiste de l’impact de Rochechouart pour y avoir consacré sa thèse en 1977, Philippe Lambert est lui-même un ancien de la Nasa et du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières). ll dirige aujourd’hui le Centre international de recherche des impacts de Rochechouart (Cirir), chargé de coordonner la campagne de forages scientifiques, la première jamais effectuée en ces lieux.

    « Il y a environ 200 millions d’années, avant l’ère du Jurassique et avant même la séparation des continents, une météorite de près d’un kilomètre de diamètre et de 6 milliards de tonnes s’est écrasée ici, à la vitesse de 72 000 km/h », explique Pierre Poupart, conservateur de la réserve.

    Une déflagration comparable à plusieurs milliers de bombes atomiques, qui a littéralement vaporisé le projectile, supprimé toute vie - foisonnante à l’époque, entre amphibiens et reptiles - dans un rayon de 200 km, engendré un lac de lave et durablement modifié le sol rochechouartais.

    Laboratoire à ciel ouvert 

    Témoignage unique en France et rare en Europe occidentale, l’impact de Rochechouart a la particularité d’être situé tout près de la surface. « On marche dessus ! Il n’y a pas de couche sédimentaire à creuser pour l’atteindre », jubile Philippe Lambert.

    Raison supplémentaire pour motiver les forages qui devraient s’achever fin novembre: 20 carottes en tout seront collectées, prélevées de 1 à 120 mètres de profondeur, sur huit sites choisis sur les 50 hectares que comportent la réserve.

    Cette campagne, d’un coût de quelque 600 000 euros (895 080 $) financés à 80% par l’État et l’Union européenne, pourrait n’être que le début d’une vaste aventure.

    Datation, envergure, transformation du terrain, impact sur la vie locale... le site renferme encore de nombreux secrets: « Il y a absolument tout ici pour créer un laboratoire à ciel ouvert », assure Philippe Lambert.

    Beaucoup de scientifiques souhaitent notamment élucider le mystère de la formation des roches et leur composition spécifique, peut-être révélatrice de l’espace lointain. D’autres sont curieux de savoir comment un impact d’une telle ampleur a pu libérer l’eau prisonnière de certaines roches et engendrer un flux d’eau chaude.

    Autrement dit, ils veulent découvrir comment une météorite peut à la fois détruire toute vie à la surface de la Terre et en même temps créer des conditions propices à l’émergence de celle-ci sous une autre forme.

    « Cela ne signifie pas que le secret de la vie soit sous nos pieds, mais que l’étude de ce qui s’est produit ici, il y a 200 millions d’années, peut contribuer à y répondre », souligne Pierre Poupart.

    Une fois traités et archivés, les échantillons de roches de l’astroblème de Rochechouart pourront être prêtés ou donnés dans le cadre de recherches.

    « L’enjeu est bien d’instituer le site de l’Astroblème comme un laboratoire naturel au bénéfice de la recherche nationale et internationale », résume le CNRS (Centre national de la recherche scientifique), qui siège au comité scientifique du Cirir.

    AFP

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